Lors de notre précédent voyage, en novembre 2011, j’avais relaté notre visite au village d’Avlo, au bord du fleuve Mono. Nous avions pour cela utilisé l’une des deux pirogues financées par Grayan-et-l’Hôpital et Soulac-sur-mer. Ce fut un grand moment de découvertes, sans problème (voir article du 14 novembre 2011).
Cette fois, nous devions aller aussi à Pecko. Le piroguier habituel était indisponible. Adrienne avait dû en louer un autre, inconnu d’elle, qui vint avec un moteur hors-bord plutôt insuffisant pour manœuvrer la grande pirogue dans laquelle nous avions pris place. En outre les travaux de calfatage n’étant pas achevés, l’eau s’infiltrait allègrement et bientôt le fond du bateau ressembla à une baignoire.
Nous n’étions pas au bout de nos surprises. Le piroguier avait décidé d’embarquer un aide muni d’une longue perche, dans un village de la rive à quelques minutes du départ. Las, les manœuvres d’accostage se révélèrent hasardeuses, le vent soufflait fort et rendit notre départ très difficile, l’hélice du petit moteur prise dans les jacinthes d’eau se bloqua !
Le piroguier et son aide qui venait d’embarquer n’arrivaient pas à dégager le bateau. Enfin, après beaucoup d’efforts, on se retrouve sur le fleuve, mais voilà que l’hélice, sans doute desserrée tourne à vide et ne propulse plus le bateau.
Le moteur hoquète, s’éteint et le vent nous propulse derechef, cette fois vers une plage de sable. Je passe sur les multiples péripéties de faux départs, de moteur arrêté, de manœuvres inutiles à la perche. Adrienne, Geneviève et moi restons de marbre. Nous sommes sûrs que nous n’atteindrons jamais Avlo. Le fatalisme africain nous habite.
Et voilà que survient une pirogue de transport munie d’un antique moteur ronronnant à la perfection, barrée par un homme qui comprend tout de suite notre problème et se met à couple avec nous.
Je ne saurais exactement relater comment ce magicien, ce sorcier de la mécanique, avec son pied, ses doigts et seulement une pince universelle a réussi à démonter l’hélice, la remettre en place, trafiquer dans le moteur, remonter le tout, lancer l’engin. Il nous a salués dans un sourire éclatant. Il s’appelle Robert : je n’invente rien !
Dès lors, nous étions considérablement en retard pour nos rendez-vous. La marée basse arrivant, il n’était plus possible d’accoster à Pecko. Nous avons seulement réussi à déposer rapidement à Avlo village et à Avlo plage sur l’autre rive le matériel éducatif et de premiers soins que nous avions apporté. Le plaisir des villageois de nous revoir nous a fait oublier tous les tracas de cette navigation épique. Nous avons regagné le port d’attache à petite vitesse mais sûrement, les pieds toujours dans l’eau…
Robert